Par Cécilia Lacour, le 14.02.2018 à 16h40 (mis à jour le 15.02.2018 à 11h53) Francophonie

Pierre Astier dénonce une "centralisation sans partage" de l'édition française

Pierre Astier - OLIVIER DION

Dans une tribune publiée dans Le Monde, l’agent littéraire estime que la francophonie est "un grand désert éditorial" à cause d’une domination impérialiste exercée par l’édition française.

"La francophonie est malheureusement un grand désert éditorial avec un centre hypertrophié", estime l’agent littéraire Pierre Astier dans une tribune publiée mardi 13 février dans Le Monde. Son texte fait suite au refus d'Alain Mabanckou de participer, aux côtés de Leïla Slimani, aux travaux engagés autour de la francophonie.
 
Dans une lettre ouverte publiée en janvier dernier dans BibliObs, l'auteur de Mémoires de porc-épic (Le Seuil), lauréat du Renaudot 2006, expliquait notamment son refus par une perception de la francophonie "comme la continuation de la politique étrangère de la France dans ses anciennes colonies".
 
Dans sa tribune, Pierre Astier va plus loin en dénonçant une "centralisation sans partage" et une appropriation de "tous les droits d'auteurs francophones" par les éditeurs français qui privilégient une "exportation coûteuse" et privent ainsi les pays francophones de "leurs écrivains les plus emblématiques".

Une concentration éditoriale à Paris

"A ce titre, la production de livres en langue française, dans l’espace francophone, largement dominée et de manière impériale, voire impérialiste, par la France, est somme toute dérisoire. Sur une production mondiale en langue française estimée à 110000 nouveautés par an (on ne connaît pas le chiffre exact), environ 90000 le sont par l’Europe francophone (France, Suisse et Belgique), 15000 par le Canada francophone, le reste par les autres pays", précise-t-il alors que le monde anglophone produit un livre sur six en dehors du Royaume Uni et des Etats Unis.

L'agent se désole de constater une Académie française sans reconnaissance pour les élites d'autres pays, des éditeurs africains privés du marché lucratif des manuels scolaires, un désintérêt pour le livre par l'Organisation internationale de la Francophonie. "L’OIF n’a jamais procédé à l’établissement de statistiques. Pourquoi? Le recensement des éditeurs en langue française dans le monde devrait être une absolue priorité", explique-t-il, regrettant une non-conscience de l'importance du livre dans la francophonie.

"Le débat sur la francophonie est un débat passionnant. Mais la francophonie économique ne peut exister sans une francophonie éditoriale basée sur l’échange et la coopération, quand bien même on s’accorde à saluer une très créative francophonie littéraire", conclut Pierre Astier dans l'espoir que les choses évoluent dans ce sens.
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